Présentation

Au fait, qui était Paul Beaulieu ? Né le 26 août 1934 à Montréal  décédé le 29 avril 2006. Fonctionnaire à la ville de Montréal durant plus de 30 ans, mais ça c’était juste son gagne pain. Paul se réalisait dans une foule d’autres choses, curieux de nature il s’intéressait à tout. Le bricolage en général, mélomane à ses heures, il jouait de l’accordéon depuis son plus jeune age et adorait la musique classique ainsi qu’une passion pour rénover les horloges anciennes. À la retraite, il se met à l’écriture et se joint à un groupe qui partage avec lui cet amour de la plume. Mais il était d’abord et avant tout… Mon père. Ce site lui est donc dédié, à ses textes ainsi qu’à tous ceux de ses comparses de la prose. Il avait toujours rêvé que ses textes soient publiés, et bien maintenant c’est fait.

Bonne lecture.


Bernard a soixante et dix ans

Soixante et dix ans!  Dix fois sept!  Dix fois le chiffre chanceux! C’est tout un voyage! Comme on dit, il en reste moins qu’il y en a eu! Ça n’empêche personne de te souhaiter encore bonne fête Bernard, et de souhaiter te le souhaiter encore longtemps.

 

Bonne fête Bernard, soixante et dix fois bonne fête! Aujourd’hui le seize juillet deux mil cinq! Aujourd’hui c’est aussi l’occasion, Bernard, de te rappeler des souvenirs de d’autres jours de ta fête dans les années quatre-vingt du siècle dernier, déjà! Souviens-toi, Bernard, quand nous allions passer les vacances ensemble, toi, Gisèle et moi, à Hampton-Beach, un ballon sur ton nez, aux Etats-Unis. Une semaine c’était trop court, deux semaines trop long. On avait décidé pour onze jours. L’entente était la suivante : Bernard avait offert de louer le motel voisin du nôtre, on mange ensemble, Gisèle fournit le solide, Bernard le liquide. Parfait! En arrivant à la plage Bernard se dirigeait vers le fournisseur de liquide et Gisèle et moi vers le solide. Avec la quantité de liquide qu’il achetait, Bernard se faisait demander par les employés s’il représentait une association ou un club. Après avoir répondu « NO! » il s’est fait dire qu’il aurait pu profiter d’un escompte… Trop tard! Je me rappelle encore le voir sortir du fournisseur avec plusieurs caisses dans son panier, un grand sourire plein le visage.

Le premier souper, pour inaugurer le commencement des vacances, Bernard sortait son premier liquide, une belle bouteille de champagne américain. On sortait sur le balcon et Bernard faisait sauter le bouchon jusqu’au ciel presque. Pour les autres repas, Gisèle et moi composions un menu comme par exemple : Lacets de bottines sauce lactée à la  provinciale! Bernard devinait : Spaghetti sauce au yogourt et il apportait le liquide approprié. Ça, c’était le côté festif de nos vacances

On avait aussi un côté spirituel. Chaque année, Bernard célébrait l’eucharistie au moins une fois, juste pour nous trois. Aussi, quelques fois, assis sur un banc, ou à la plage, nous échangions sur l’histoire sainte, les écritures saintes, toutes choses saintes qui, tout en étant saintes,  n’étaient pas simples. Ainsi, on s’est fait expliquer, par Bernard, les pourquoi et les comment. En voici quelques exemples :

Ce n’est pas l’histoire du ceinturon – c’est l’histoire du centurion. Ce n’est pas l’épître aux galettes – c’est l’épître aux Galates. Ce n’est pas l’épître aux colosses – c’est l’épître aux Colossiens.Ce n’est pas l’épître aux zèbres – c’est l’épître aux Hébreux. Il n’y a pas de raisins de Corinthe – c’est l’épître aux Corinthiens. Epîtres aux Thessaloniciens,  pas chanceux, il y en a deux. L’histoire de Philomène – c’est l’histoire de Philémon. L’histoire de Nazaire et Barnabé – non, il n’y a pas de Nazaire. Ha! Ce n’est pas Nazaire, c’est Césaire – non, c’est Césarée. Tite et Timothée – ce n’était pas une p’tite sans être un gros motté. Le roi Agrippa et le reine Agrippine étaient agrippés? – Oui! Toutes ces choses saintes se passaient en Palestine – pas en pelle à steam! Alors chantons : Ha! Les loups, ha! Les loups! Alléluia!

Côté festif, côté spirituel… Pour terminer, parlons du côté santé. Bernard a toujours fait attention à sa santé. Pendant les vacances, il continuait. Il faisait ce qu’il appelait sa cure de désintoxication. Il mangeait de l’ail! Il mangeait beaucoup d’ail! Beaucoup, beaucoup! Au déjeuner, il couvrait ses deux rôties d’ail écrasé, mélangé avec de la mélasse…pour le goût. Quelques fois, pour que ça ne pue plus, il mélangeait avec du beurre de peanut.

Au dîner, il répétait avec un sandwich. Au souper, Gisèle lui en mélangeait un oignon complet dans son assiette. Moi je disais qu’il sentait le polonais à plein nez. Je ne sais pas ce qu’en auraient pensé les polonais, mais les américains réagissaient, je dirais même qu’ils réactionnaient : sur la plage bondée, un grand cercle était déserté autour de nous; le soir, dans les boutiques pleines à craquer, quand Bernard s’arrêtait pour examiner un comptoir, quelques secondes et il était seul pour regarder le comptoir pendant que le monde s’éloignait en le regardant lui. Gisèle et moi, on finissait par s’habituer à la senteur de l’ail et on profitait de la tranquillité supplémentaire à la plage et dans les boutiques. Cependant ne pensez pas que Bernard en était inconscient. Il s’en rendait parfaitement compte. Ce qui lui avait fait dire un jour : 

« Ceux qui pensent que je ne sens pas bon, qui s’en vont! Oui! Ceux qui pensent que je sens l’ail, qui s’en aille! » En terminant, Bernard permet-moi de te souhaiter encore une fois bonne fête avant que je m’en aille!

Paul Beaulieu Laval, le 16 juillet 2005   

Salut mon Paul

Tu viens de mettre malgré toi

Un point final à ton combat

Dur coup de poing là droit au cœur

Pleure chagrins Fleur de bonheur

Bel optimiste tu croyais

Arracher un autre délai

À cette vie qui te sourit

Mais voilà que ton corps meurtri

Plus que ton cœur supplie sursis

À ce maudit cancer haï

 

La foi est un bien grand mystère

Face à la vie et ses chimères

Elle peut servir à consoler

Ceux qui derrière sont restés

Mais la question bien au présent

Où es-tu mon Paul maintenant

Tu es vivant de tes racines

Blanches et feuilles tu peaufines

Comme grand chêne bien planté

Tu seras pour l’éternité

Dans notre mémoire collective

Où tu accroches des sourires

 

Je ne veux pas pleurer sur toi

Suis éblouie par ton combat

Tu gardes ton esprit vaillant

Si admirable et bienveillant

Je veux bercer au fond du cœur

Doux souvenir de ta candeur

La mort sur la vie sans détours

Nous mène tous et sans recours

À notre propre heure dernière

Et quoiqu’on pense du calvaire

Elle demeure inéluctable

Et toujours aussi détestable

 

Salut mon Paul tu as été

Mon grand bonhomme et grand bébé

Maniaque de précision

Assoiffé de ponctuation

Si tu n’y avais pas été

Il aurait fallu t’inventer

Pour découvrir comme elles sont belles

De Rosemont toutes tes ruelles

Tes souvenirs d’enfant heureux

Qui nous ont tous rendus envieux

Fidélité à l’atelier

Ton regard bleu va me manquer

Tu me fais vivre cette fois

Mon tout premier deuil littéraire

Voilà mon cœur est en émoi

Mais refuse de m’y complaire

Je ne veux conserver de toi

Que tes beaux élans sans mystères

Ton souvenir m’apporte joie

Je veux copier ton savoir faire

Dans mes déprimes je suis sans voix

Je reste le cœur à l’envers

Était-ce là cadeau de roi

Pourrais partir à sa conquête

 

Salut mon Paul semeur de joie

Salut mon Paul donneur d’espoir

Salut mon Paul tu reste là

Dans l’ailleurs de notre univers

Mireil

7 mai 2006  

La vieille Horloge

Par Paul Beaulieu – le 28 février 1995

« Comme hier est morte d’aujourd'hui

d’aujourd’hui naîtra demain. »

Derrière ma lunette toute sale, mes mains sans doigts sont arrêtés devant ma face.

Mes marteaux sonneurs ne battent plus mes cloches, et mon pendule, impotent sur sa potence, pend entre les platines de mes entrailles mécaniques démontées

Hier fière horloge de cheminée, me voilà aujourd’hui abandonnée, poussiéreuse, dans la vitrine du brocanteur, au milieu d’antiquailles surannées, démodées…

Si vous saviez comme je m’ennuie de mon existence ancienne. J’étais tellement heureuse. Laissez-moi vous raconter.

Quand j’ai commencé ma vie, mon créateur m’avait installée dans une autre vitrine, celle du bijoutier de la rue Principale. J’avais de l’allure avec mon meuble d’acajou laqué, mes agréments métalliques ornementaux, mes aiguilles bleuies se détachant sur mon cadran en argent signé. Je trônais dans toute ma beauté devant les passants amusés.

Un jour, ce jeune couple amoureux est entré et la petite dame a demandé : « C’est combien l’horloge dans la vitrine? »

« Tic-tac-tic-tac! » que je me suis mise à battre plus fort pendant que le bijoutier m’expliquait, me montrait et me remontait.

Le jeune couple m’emporta soigneusement et m’installa avec cérémonie sur la tablette de la cheminée dans le salon de leur maison. Comme j’étais heureuse de m’avoir trouvé un foyer! À partir de ce moment là, je fus le témoin privilégié de leur existence. C’était il y a une soixante d’années.

La première année se passa dans la quiétude et la paix. Le soir, ils faisaient du feu dans la cheminée. Je ne pouvais pas me pencher pour regarder les flammes, mais je les voyais réfléchies dans leurs yeux alanguis, elle la tête sur son épaule, affalés tous les deux sur le divan, faisant tout haut des rêves insensés. Je les voyais s’embrasser tendrement, passionnément. Alors, ils se levaient et après m’avoir regardé l’heure, ils montaient l’escalier en courant. Et je les entendais soupirer d’amour et s’aimer fougueusement. Dans ces moments là, le tic-tac de mon cœur d’horloge se gonflait d’émotion et je vibrais de toutes mes cloches devant leur bonheur.

Vous savez, ce n’est pas parce que nous, horloges, n’avons pas de sexe que nous ne pouvons pas en apprécier toutes les douces voluptés.

Puis, une nuit, ils quittèrent la maison en catastrophe. Après quelques jours de silence, ce fut la pagaille! Elle et lui entrèrent les bras chargés. Belle maman était là , toute excitée, et on déposa devant moi, sur le divan, un joli poupon rose! Ah! Comme il était mignon! Et la vie dans la maison changea complètement. Les semaines passèrent et le bébé se mit à sourire. Les mois passèrent et il commença à se traîner puis à faire ses premiers pas. Même qu’il me regardait quand je sonnais.

Et il en vint un deuxième, puis un troisième, et un autre. En tout il en vint sept, filles et garçons. Et sans que personne ne sut pourquoi ni comment, les enfants prirent toute la place. Et ils la prirent avec toutes leur ardeur et l’impétuosité de leurs jeux : debout sur la table à café, ils sautaient sur le divan, comme sur une trampoline et allaient tomber derrière le dossier en roulant sur le tapis. Ou bien, ils se laissaient glisser sur la rampe de l’escalier et atterrissaient dans les coussins du divan entassés au pied de l’escalier.

Et les années passaient. Le trente et un décembre de chaque année, c’est moi qui décidais de la seconde exacte où tous se souhaiteraient la bonne année avec cris de joie et force embrassades.

J’entendis parler de crise économique, de secours direct, de guerre mondiale, de fusé, de bombe atomique, d’éducation, d’instruction, d’élection. Je vis arriver la télévision, le transistor, l’ordinateur, les puces, les micro processeurs…

Et les enfants étaient devenus des adolescents puis des adultes…

Et, comme ils étaient arrivés, un par un, ils partirent.

Et un beau jour, mes deux amoureux se retrouvèrent de nouveau seul. Comme on dit dans la chanson, il venait de marier le dernier.

Ce soir là, devant le feu, pendant qu’ils parlaient du temps passé, je les surpris encore en train de s’embrasser. Ils montèrent lentement l’escalier en se tenant par la main. Leurs amours, tout en étant plus sages, n’en n’étaient pas moins ardentes, croyez-moi. Plusieurs année passèrent encore, dans la quiétude et la paix retrouvés.

Un matin, par la fenêtre, j’entrevis des gyrophares rouges!… C’était « Urgence-Santé »!   Paisiblement, sans histoire, dans son sommeil, il était allé rejoindre son Créateur. Elle organisa l’assemblée de famille dans le salon. Devant la mine triste de ses enfants, elle déclara qu’elle allait vivre dans un Centre d’Accueil. Dans le silence qui suivit, chacun put clairement entendre mon tic-tac s’arrêter : il n’était plus là pour me remonter. L’effet sonore de mon arrêt subit heurta tellement les imaginations que personne ne voulut me reprendre.

Le brocanteur vint et acheta tout.

Me voilà , abandonnée, poussiéreuse, dans la vitrine du brocanteur.

Cependant, avant de partir, elle avait glissé, dans mon meuble, un petit carton sur lequel, de sa délicate écriture, elle avait tracé les mots suivants :

                                « Comme hier est morte d’aujourd’hui,

                                       d’aujourd’hui naîtra demain. »

Pendant que je méditais ce message plein de promesses, ce jeune couple amoureux est entré et j’ai très bien entendu la petite dame demander : « C’est combien, l’horloge dans la vitrine? »    

La porte de M. Laporte

On est en juillet mille neuf cent quarante-deux. La vie continue avec ses hauts et ses bas. La nuit dernière il est arrivé un bas en haut, au troisième étage, chez nos voisins, dans l’escalier intérieur du hangar.

Des voleurs ont pénétré dans le hangar chez Gérard.

Dans la porte, ils ont pratiqué un gros trou près du verrou.

Le trou est entre deux planches près de la clenche.

Il est assez grand pour se passer la main et déverrouiller la porte. Même nos petites têtes d’enfants de huit ans peuvent presque y passer. Un couteau bien aiguisé a dû servir à faire le trou : de gros copeaux de bois découpés sont restés sur le plancher.

La police est venue. L’auto patrouille dans la ruelle! Çà ça énerve le monde! C’est le quatrième vol en quelques semaines.

Une épidémie de vols de hangars frappe ma  ruelle.

Une psychose collective s’installe. La  peur ! Des voleurs s’en prennent à nos biens!

Nos biens? Dans les hangars d’une ruelle habitée par des gens plus que modestes, qu’est-ce que des voleurs sérieux peuvent bien trouver d'intéressant? De vieux outils, des guenilles, des bouteilles vides, un vieux matelas!

Mon père m’a expliqué : « Même si t’as pas grand chose, tu y tiens. Ben plus, moins t’en as, plus tu y tiens! Tes affaires sont tes affaires et personne a d’affaire de te les prendre! »

Donc, toutes les précautions sont prises.

Les papas posent un deuxième crochet sur les portes d’escaliers des hangars donnant sur la ruelle. ( Vous savez, les escaliers en spirale qui tournaient autour d’un poteau central. )

Les mamans avertissent bien la marmaille : « Oubliez pas de mettre les deux crochets en montant vous coucher le soir. »

D’autres posent des serrures ou des cadenas sur les portes en haut et en bas.

Ceux qui ont l’électricité sur les galeries et  dans les hangars laissent les lumières allumées toute la nuit. ( Non, ce n’était pas tout le monde qui l’avait. )

Un voisin plutôt habile s’est même installé un système d’alarme maison avec des boutons électriques dans les cadres de portes côté pentures.

Il est aussi question que des hommes organisent une patrouille de nuit avec les moyens de l’armée de réserve.  Mais la police refuse de donner la permission : « Vous êtes toutes des pères de familles qui travaillent et vous avez besoin de vous reposer. Dormez sur vos deux oreilles, on s’en occupe. » ( …comment peut-on dormir sur deux oreilles en même temps…? )

Un peu plus bas dans la ruelle, un homme qui veux dormir sur ses deux oreillers, une pour chaque oreille, décide de s’occuper de ses affaires. C’est M. Laporte. Le père de Jacques. Il dit à qui veux l’entendre : « Moé  je connais un gars qui travaille dans le fer. Je vas m’arranger avec lui. Je vas me faire monter une porte en acier. »

M. Laporte est policier et la sécurité des portes, il connaît ça! On va voir ce qu’on va voir!

Dans la semaine, un camion vient livrer La Porte de M. Laporte! Tout un monument!

Ça prend deux bons hommes. La porte de M. Laporte, on la porte, on l’apporte.

M. Laporte  pose sa porte par dessus la porte en bois. De l’escalier on ne voit rien.

Le lendemain, Jacques nous amène voir ça et nous explique tout en détail.  

Le cadre de la nouvelle porte, fait avec des angles de quatre pouces par quatre pouces par un quart de pouce d’épaisseur, est boulonné dans le cadre de bois existant avec des boulons indévissables à tous les douze pouces. Les trois pentures, fabriquées avec des plaques de trois pouces de largeur, sont soudées à la porte et au cadre par soudure électrique. La barrure, elle aussi en plaques soudées à l’électricité, porte un très gros cadenas «D. L.» heavy-duty en acier trempé garanti à l’épreuve des voleurs. Une fois la porte posée et barrée, elle a été testée à grands coups de pied et à grands coups de masse. Rien n’a bougé.

C’est magique! Personne ne viendra à bout de cette porte, c’est certain. C’est une vraie porte de coffre-fort avec la roulette à numéros en moins. Je suis tenté de demander pourquoi l’avoir testé à coups de pied et à coups de masse : partout où les voleurs sont passés ils n’ont pas fait de bruit! « Pis, après » que je me suis fait dire.

« Après, je sais pas, mais pendant, y ont pas fait’ de bruit. » « Niaiseux!  

M. Laporte a invité tous les voisins à venir voir sa porte.

Mme Laporte a dû faire la même chose avec les voisines parce que Jacques l’a fait avec tous les petits copains de la ruelle. Finalement, tout le monde l’a vue.

La nouvelle s’est répandue dans le quartier que  M. Laporte avait dit :

« Ah! Ha! les voleurs, vous pouvez venir, la porte va tenir! »

Ah! Ha! Ha! les voleurs sont venus et la porte a tenu! Mais…ils sont entrés quand même!

Ils ont gossé toute une planche du mur à côté de la porte… sans faire de bruit…pour ne pas réveiller le monde qui dormait sur leurs deux oreilles. La police n’en croyait ses yeux.

M. Laporte est devenu bleu! Il a vu rouge! Il a fait une colère noire…vite transformée en rire jaune pour accompagner le voisinage qui s’esclaffait!

Finalement, tout le monde s’est bien amusé, y compris M. Laporte. En bon philosophe qu’il était, il comparait sa porte à  La ligne Maginot en France : « Vous savez, les Français avaient La ligne Maginot : les allemands sont passés à côté! Moi, avec ma porte je pensais avoir de la  magie, no : les méchants sont passés à côté! »

La fin de l’histoire est drôle : les voleurs sont venus, ils sont entrés, mais ils n’ont rien volé!!! M. Laporte avait affaire à des voleurs honnêtes! Le policier qui a rédigé  le rapport du vol, au lieu d’écrire « pénétré avec effraction » a écrit « pénétré avec affection! xxx » Il y avait plus. Non seulement M. Laporte avait affaire à des voleurs honnêtes, ils étaient comiques : sur la porte d’acier, avec une craie blanche à tableau noir, ils avaient dessiné un pied et un nez et dessous ils avaient écrit en grosses lettres carrées : « Ah! Ha! Ha! »

Tout à l ‘heure, quand j’ai dit : « Finalement tout le monde l’a vue », la porte, peut-être que même les voleurs l’avaient vue.

La rumeur a couru à l’effet que le coup avait été monté par des amis de M. Laporte. « Oui? »

Certains prétendaient même que M. Laporte l’aurait fait lui-même…!   « Ah! Non! »

Par Paul Beaulieu Laval Le 26 juin 2000

J’ai 70 ans!

Soixante et dix ans!

J’ai soixante et dix ans,  tous mes cheveux et toutes mes dents!

Oui! Oui!  Tous mes cheveux! Il m’en est poussé plus après ma maladie! Je sais que j’en ai plus, je les ai comptés.

Et toutes mes dents?  Ce sont mes dents! Elles sont à moi! Je les ai payées! En dentier eh!  En entier...!

Soixante et dix ans!

Ça fait sept fois que je change de zéro.

Quand j’ai eu dix ans, j’ai dit : « J’ai assez hâte d’avoir vingt ans! »

Quand j’ai eu vingt ans, je n’ai rien dit. Je jouissais trop. J’étais convaincu que je deviendrais millionnaire.

Quand j’ai eu trente ans, j’étais marié à la belle Gisèle et nous avions conçu le beau Dominic. Mais je me sentais comme à vingt ans.

Quand j’ai eu quarante ans, mes rêves de devenir millionnaire étaient passés. J’avais reçu toutes les douches froides qu’il fallait. J’avais atteint l’âge mûr.

Et nous étions devenus propriétaire d’une hypothèque! Je me sentais encore comme à vingt ans

Quand j’ai eu cinquante ans, on m’a mis sur le nez que j’avais atteint l’âge d’or. Or, de l’or je n’en avais guère. Mais j’en avais assez.  Et je me sentais toujours comme à vingt ans. La preuve : quand le patron est entré dans l’atelier et a dit « Je veux deux jeunes pour un projet pilote de DAO (Dessin Assisté par Ordinateur) », immédiatement, j’ai bondi en disant : « Je suis jeune moi! J’en veux! Il m’a regardé avec un drôle d’air mais il n’a pas dit non. Le chef d’atelier lui a fait comprendre que s’il voulait intéresser les vieux comme les jeunes, ça lui prenait un sénior et un junior. Et j’ai gagné par un nez. Quel défi! J’en ai bavé, j’en ai mangé, j’en ai rêvé, j’en ai sué, mais, le projet pilote fut un succès et je devins instructeur de DAO du département.  

Quand j’ai eu soixante ans, trois fois vingt ans, oui! oui! je me sentais encore et toujours comme à vingt ans…avec quelques réflexes en moins. Mais j’osais penser que ce que j’avais perdu en jeunesse, je l’avais gagné en sagesse. Et, même si j’étais moins plein de

promesses, j’étais encore capable de bien des prouesses en ce qui regarde cet autre mot qui finit en esse.

Aujourd’hui, j’ai soixante et dix ans et je me sens comme à vingt ans. Mais c’est dans ma tête. Dans la tête, c’est important, c’est là qu’on est beau comme dit la chanson. Tous les matins, en me levant, je me regarde dans le miroir : j’ai soixante et dix ans et je suis encore vivant. Et je m’émerveille devant la merveille que Dieu a faite en me créant. Je mets mes dents, je me regarde, je me souris, je Le remercie et la journée commence bien.

Maintenant que j’ai soixante et dix ans, que j’ai changé un septième zéro, je vise encore plusieurs autres zéros. La belle Gisèle a toujours souligné mes anniversaires. Cette année, elle avait organisé une fête surprise tout à fait réussie. Toutes ses invitations avaient été faites par téléphone, le matin, avant que je me lève (je suis un couche-tard, donc un léve-tard). Au jour dit, elle se demandait comment elle me piègerait pour m’amener au restaurant choisi, sans éveiller mes soupçons. Je me suis moi-même enferré à l’hameçon.en suggérant que nous allions souper au dit restaurant pour ma fête, même si elle était passée, parce que les Grandes Fêtes ont toutes des octaves. En arrivant au restaurant, la surprise a été totale. Je ne m’y attendais pas du tout. J’ai d’abord vu mon fils et sa compagne puis mon jeune frère et son épouse, mon autre frère, mon autre frère, mes trois sœurs, des amis…Ahhh!…tous les visages tournés dans ma direction riant tous à belles dents (tiers) criant « Surprise! Surprise! Ah! Ah! Ah! Tous me disent que je suis tout rouge; je me sens plutôt blanchir. Mon plus jeune frère qui me saisit à deux mains, les yeux dans les yeux, les siens plein d’eau, un trémolo dans la voix me dit : « J’suis tellement content de t’voir en santé pour tes soixante et dix. Bonne fête Paul! »

Le reste de la fête s’est passée comme dans un rêve : le repas, le gâteau, le faiseur d’étincelles qu’on essaie de souffler, le chant d’anniversaire, les cartes, les cadeaux, les ballons. Ouf!

Oui! Je vise encore plusieurs changements de zéros parce que je veux encore jouir de plusieurs fêtes surprises.

Mais, surtout, surtout je veux encore me sentir comme à vingt ans!

 

Par Paul Beaulieu, Place des aînés, le 16 septembre 2004   

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Texte libre

Testament de Charlemagne.

Ce texte s'adresse à tous les amoureux des animaux.

Spécialement à ceux qui ont perdu un ami fidèle
et à tous ceux qui un jour ou l'autre savent qu'ils
devront se séparer de leur ami à 4 pattes.

À mon maître, à ma maîtresse :

Le fardeau de mes ans et de mes infirmités me pèse lourdement, et je sais ma fin prochaine. C'est pourquoi moi, Charlemagne, (communément appelé Charlot par mes parents, amis et connaissances), dépose en secret dans l'âme de mes deux grands amis, mon maître et ma maîtresse, mon testament.

J'ai peu de biens matériels à léguer. Les chiens sont plus sages que les hommes. Ils n'attachent pas grand prix aux choses de la terre. Je n'ai aucun bien précieux à transmettre, si ce n'est mon affection et ma fidélité. Je les lègue à tous ceux qui m'ont aimé; qui je le sais, me regretteront le plus, à mes maîtres qui ont été si bons pour moi. Peut-être ai-je tort de m'enorgueillir, mais j'ai toujours été un chien extrêmement affectueux.

Je demande à mes maîtres de toujours se souvenir de moi, mais de ne pas me pleurer trop longtemps. Au cours de mon existence, j'ai essayé de les réconforter dans la peine et de leur apporter un surcroît de joie dans le bonheur. Il m'est pénible de penser que, même dans la mort, je pourrais leur causer du chagrin. Je les prie de ne pas oublier qu'à leur tendresse et à leur sollicitude je dois d'avoir été le plus heureux des chiens.

Mais maintenant me voici devenu pratiquement aveugle, sourd et j'ai de très gros problèmes de dentition m'empêchant de manger; ainsi ma fierté a fait place à une humiliation qui me déroute. Je sens que la vie me reproche d'avoir trop longtemps prolongé la fête. Je dois faire mes adieux avant de devenir un poids insupportable pour moi et pour ceux qui m'ont donné leur affection. Il me sera douloureux de les quitter, mais pas de mourir.

Contrairement aux hommes les chiens ne redoutent pas la mort. Que se passe-t-il après? Nul ne le sait. En tout cas, je suis au moins sûr de trouver la paix et un long repos pour mon vieux cœur las, ma vieille tête, mes vieux membres ainsi qu'un sommeil éternel dans cette terre que j'ai tant aimée. Il est un dernier vœu que je formule en toute sincérité. J'ai entendu ma maîtresse, dire: "Quand Charlemagne mourra, nous n'aurons jamais plus de chien. Je l'aime tellement que je ne pourrai plus en aimer un autre." Maintenant pour l'amour de moi, je lui demande de revenir sur sa décision. Ce serait un bien piètre tribut à ma mémoire que de ne jamais plus avoir de chien. Je voudrais tant garder le sentiment que, maintenant que j'ai fait partie de la famille, il lui est désormais impossible de vivre sans la compagnie du meilleur ami de l'homme! Je n'ai jamais été exclusif ni jaloux. J'ai toujours soutenu que la plupart de mes congénères sont bons (même ma co-locataire, la chatte, à qui j'ai quelques fois autorisé à partager  mon lit avec moi. J'ai toléré son amitié dans un esprit de générosité et, dans mes rares moments de sentimentalité, je lui ai même rendu un peu la pareille).

Aussi je conseille à ma maîtresse de choisir un autre chien à son goût pour me succéder. Il pourra difficilement être aussi bien élevé, aussi poli, aussi distingué et aussi beau que je fus dans ma jeunesse. Mais, je suis sûr qu'il fera de son mieux et aussi que ses défauts inévitables contribueront, par contraste, à perpétuer mon souvenir. Je lui lègue mon collier, ma laisse, mon lit, ma gamelle et mon panier.

Un dernier mot à mes maîtres. Chaque fois que vous penserez à moi : dites-vous avec regret, mais aussi avec bonheur, en vous rappelant ma longue vie à vos côtés : "Charlemagne était un être qui nous aimait et que nous aimions." Si profond que soit mon sommeil, je vous entendrai, et tout le pouvoir de la mort n'empêchera pas mon âme de chien d'agiter la queue avec reconnaissance.

Charlemagne

Votre chien fidèle qui veillera toujours sur vous.

Adaptation française d'un texte écrit par le dramaturge américain Eugene O'Neil à la mort de son chien en 1940. Vous pouvez le trouver en librairie sous le titre "The Last Will and Testament of An Extremely Distinguished Dog".

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