Présentation

Au fait, qui était Paul Beaulieu ? Né le 26 août 1934 à Montréal  décédé le 29 avril 2006. Fonctionnaire à la ville de Montréal durant plus de 30 ans, mais ça c’était juste son gagne pain. Paul se réalisait dans une foule d’autres choses, curieux de nature il s’intéressait à tout. Le bricolage en général, mélomane à ses heures, il jouait de l’accordéon depuis son plus jeune age et adorait la musique classique ainsi qu’une passion pour rénover les horloges anciennes. À la retraite, il se met à l’écriture et se joint à un groupe qui partage avec lui cet amour de la plume. Mais il était d’abord et avant tout… Mon père. Ce site lui est donc dédié, à ses textes ainsi qu’à tous ceux de ses comparses de la prose. Il avait toujours rêvé que ses textes soient publiés, et bien maintenant c’est fait.

Bonne lecture.


La chaise

Chaises!  O! chaise, quelles fadaises, niaises foutaises n’ont été dites,

ne t’en déplaise, à ton endroit…et ton envers.

Chaise! Quel objet commun, ordinaire, banal, courant…

Tout le monde a une chaise; en fait tout le monde en possède plusieurs.

Personne ne pourrait vivre sans toi. Tu fais partie de la vie, cela a toujours été et sera toujours.

En fait, tous les inventeurs auraient aimé t’inventer. Mais personne ne l’a fait, tu as toujours été : Dieu créa Adam et la chaise fut. Et Adam s’assied pour songer à améliorer son modèle…de chaise!   Quand Ève arriva, ils s’assirent tous les deux pour se regarder…Et l’habitude s’est perpétuée jusqu’à nos jours.

À travers les âges, tu as été de tous les styles :

des cavernes  aux  tavernes, de l’âge de pierre  à  Louis XIV, ( XV, XVI, XVII, XVIII…), d’assyrien  à  gréco-romain,  moyen-âge,  renaissance,  queen-Anne,  Pompadour,  Napoléon,  baroque,  rococo,  victorien, colonial,  mission,  jésuite, 

Ensuite, art moderne,  art déco… banal,  chromé,  boudin,  bois rond,  pompier!

On t’a affublée de tous les qualificatifs :

artistique,  comique,  antique, romantique, rustique…électrique!

Tu sers à tout :

Sur toi on parle, mange, discute, travaille, on s’y pose,  dépose,  dispose,  repose,  prend sa dose,  dort, on s’y love,  on y fait même l’amour! On arrive parfois à y mourir!

Tu es de tous les usages :

De patio,  de jardin,  de plage,  de terrasse, de cuisine,  de bureau,  de balcon…de secrétaire!

Tu as adopté toutes les formes :

Ergonomique,  décorative,  ancienne, droite,  longue,  haute,  basse,  capitaine, pliante,  roulante,  berçante,  balançante, rembourrée,  coussinée,  paillée,  cannée,  babichée, à porteur,  celle qu’on selle!

Que dire de tes cousins et cousines :

Le banc, la banquette, la bergère, le siège, le fauteuil,  le canapé,  la causeuse, le trône, le divan,  le love-seat,  le cosy,  le récamier, la couche,  la couette,  le crapaud,  le futon, le hamac,  le transatlantique,  la balançoire, le tabouret,  l’ottoman,  le pouf,  l’escabelle, le palanquin,  le strapontin,  le spider, l’entre-deux, le siège de toilette…le siège social, le siège de la maladie…le bain de siège!

 

Pour dominer un vis-à-vis :l’asseoir sur une chaise plus basse! Pour t’en débarrasser rapidement :lui offrir une chaise vernis, cirée, glissante, dont le siège penche vers l’avant ( après avoir coupé cinquante millimètres sur les deux pattes avants ). Ou l’asseoir sur une chaise trop haute, que les pieds ne lui touche pas à terre, il va engourdir. Ou l’asseoir sur une chaise trop basse, qu’il se retrouve le nez sur les genoux. Ou l’asseoir sur un banc sans dossier, qu’il se retrouve le dos courbé, sans support.

On assoit les petits enfants sur des chaises hautes, les grandes personnes s’assoient sur des chaises plus basses…les deux arrivent quand même à tomber en bas de leur chaise!

Quand on vous dit : « Prenez un siège », ne partez pas avec!

Il y en a qui s’assoient entre deux chaises!

Quelqu’un a déjà dit : « Permettez de satisfaire l’envie qu’a ce siège de vous embrasser!

Si vous en connaissez d’autres, assoyez-vous et couchez-les sur papier.

Trêve de balivernes! On pourrait ergoter encore longtemps sur toi « chaise ».

Mais dans le  fond,  que  font les  fonds de chaises?

Essentiellement, l’homme et la femme s’en servent…

Lui, pour y déposer son fond de culotte…

Elle, son « sein-siège! »

Merci de m’avoir écouté ( lu ) chère  « assis…stance! »

Par Paul Beaulieu

Place des ainés

Octobre 1995 

La cicatrice sur mon bras droit

Par Paul Beaulieu

Écrit à l'été 1991 

Lu à la Place des Aînés

En février 1999

Je ne suis pas grand et j’ai de bien petites jambes.

Je n’ai pas encore cinq ans; je les aurai le mois prochain, à la fin d’août ( on est en juillet 1939 ).

Je me tiens debout sur le trottoir en bois dans la cour du voisin d’en bas, avec un chaton de leur chatte dans les bras. Ce trottoir est à une hauteur de marche de la terre battue de la cour. Avec le chaton qui occupe mes deux bras, si je veux garder mon équilibre en descendant la marche avec mes petites jambes, je dois trouver de l’aide. Mais, comme tous les petits garçons de mon âge, je veux faire les choses tout seul. Je m’avance donc vers le hangar sans rien demander à personne. Je manipule le chaton, les quatre pattes pendantes, pour le tenir avec mon bras gauche, et je prends appui sur le hangar avec ma main droite et me prépare à sauter en bas de la marche…

Pendant que le petit chat retient toute mon attention et que je penche déjà en avant pour sauter, je sens quelque chose qui, du hangar,  pique mon bras droit!  Je tourne la tête vers le hangar et 

Ho! Catastrophe!  un sinistre morceau de tôle déchirée pointe, je veux me retenir…trop tard!

Ma descente, déjà amorcée m’emporte vers le bas.

La tôle, pointue comme un poignard, me laboure la chair du milieu du bras jusqu’au poignet.

C’est le drame! Le sang jaillit!… un cri de douleur monte comme une sirène, ameute tout le voisinage et devant tous les autres enfants figés et les mamans qui sortent sur les balcons, je cours vers la ruelle, laisse ma trace sur le pavé de ciment  jusqu’à notre hangar, je monte l’escalier, traverse le hangar, la passerelle, le sang coule, sur le balcon…je passe la porte de la cuisine, je crie plus que je pleure « Maman! Maman! »

Maman est étendue sur le divan de la salle-à-manger. Elle tient Nicole qui a deux mois dans ses bras et  ne s’occupe pas de moi. Un peu révolté par son manque d’attention, je m’avance et me penche au-dessus d’elle pour lui montrer ma blessure, tout en mettant ma main gauche en dessous pour que mon sang ne lui tombe pas dessus!

Alors…calmement…sans se déranger…elle me dit : « Maman se repose maintenant. Va laver ton bras dans l’évier. Tout à l’heure, papa va arriver et il va s’occuper de toi ».

Dépité, un peu surpris, mais rassuré par le calme de maman, j’arrête de pleurer et vais à l’évier. J’ouvre le robinet, fait couler l’eau sur mon bras…je fais le tour de la plaie avec mon doigt…ça fait moins mal  maintenant…et…Oh!… Surprise!…  Ça ne saigne plus!

« Maman! ça ne saigne plus! »

« Maman est bien contente pour toi. Va jouer sur le balcon maintenant ».

Sur le balcon, aux autres mamans qui grimacent en se tenant le visage à deux mains et à tous les enfants qui s’extasient, fièrement, comme un trophée, j’exhibe ma blessure en disant :

« Regardez, maman a arrêté le sang! »

Plus tard, quand papa est arrivé, il m’a vidé la bouteille de teinture d’iode dans la déchirure!      

« Aïe!!! Ça fait mal! » À l’époque, la teinture d’iode était le remède universel utilisé par tous les papas de Rosemont. C’était très efficace et personne n’en mourait. Aujourd’hui, on m’aurait sûrement amené à l’urgence de l’hôpital pour me recoudre, m’administrer le vaccin antitétanique et donner des antibiotiques. Assurance-santé oblige!

Ici, j’ouvre une parenthèse pour vous expliquer une chose que je ne comprendrai que beaucoup plus tard :  Si maman me tournait le dos avec Nicole dans les bras, sur le divan, ce n’est pas parce qu’elle se reposait. C’est parce qu’elle donnait le sein à Nicole. Et dans ce temps-là, une maman qui donnait le sein à son enfant, le donnait en privé, pas devant tout le monde. Voilà!

Une maman qui dit se reposer en dissimulant qu’elle donne le sein à son bébé, ça dédramatise un petit garçon blessé!

Un papa qui joue de la teinture d’iode comme si c’était de l’eau bénite, Ouch! ça, ça dramatise un petit garçon blessé!

« Viens, papa va souffler dessus! Ffffff! »

« Aaaaah! Que ça fait du bien! » 

Une maman qui arrête le sang et un papa qui arrête la douleur, qu’est-ce que tu veux de plus? 

Paul Beaulieu

Maurice !

Bonjour! Mon nom est Pierre. J’ai cinquante-cinq ans et je suis cadre à la  radiotélévision d’état. Entré au service de la S.R.C.à l’âge de dix-sept ans, jeune étourdi,  j’ai gravi les différents paliers de la hiérarchie administrative « à force de bras ». Au cours de mon ascension je me suis forgé l’image d’un homme de principe, un homme « politiquement correct », un homme de famille. Dans mon milieu de travail, on me considère comme un gestionnaire efficace, soucieux de justice, avec une teinte de conservatisme dans les idées. Je dis à qui veux l’entendre que je suis pour la loi et l’ordre. Tout ce que je demande à mes subalternes je le pratique à cent-dix pour-cent : la discipline, la ponctualité, l’exactitude, la rectitude, la…correctitude…? Oui ! Un nouveau mot?…pourquoi pas! J’ai aussi adopté les habitudes vestimentaires de mon état : complet bleu sombre, chemise blanche, cravate et pochette assorties. Bref , je représente le patron modèle. Vous voyez le portrait?  J’en suis fier.

Un soir de janvier, ma journée de travail terminée, je retourne à la maison. Anonyme dans la foule dense, j’avance dans l’interminable corridor souterrain de la station de métro Henri-Bourrassa… Je me laisse entraîner par le mouvement hypnotique de toutes ces têtes qui se balancent, se balancent et avancent… Un musicien, debout là-bas, les yeux fermés, gratte sur sa guitare un air connu… Moi , l’esprit fatigué, d’une fatigue qui vient de la satisfaction du devoir accompli, je n’entends rien… je ne pense à rien… mon cerveau est au neutre… et …j’avance avec la foule...  

Machinalement, je prends pied sur l’escalier mobile qui monte et conduit vers les sorties. Nous y voilà. Tout ce que je vois ce sont des têtes, des nuques, des dos qui vont tous dans la même direction …excepté…cet homme…qui vient en sens contraire, qui pousse le portillon…

Il attire mon attention… Pourquoi?..

L’impeccable feutre gris qu’il porte laisse son visage dans l’ombre; mais je devine ses fortes épaules sous son pardessus sombre….et….la lumière éclaire son visage…mais… oui…c’est lui… je le reconnais, c’est Maurice!

« Hé! c’est Maurice Richard » que je risque à tout hasard. Je regarde à gauche à droite, tout le monde m’ignore! Plus, tout le monde l’ignore, lui!

Non mais ça n’a pas de sens, il faut l’arrêter, lui parler, lui dire qu ‘on l’a reconnu, lui demander son autographe…le meilleur joueur au monde…

Maurice commence à descendre l’escalier fixe sur sa droite…

Je m’avance jusqu’à la première marche et un timide  « Maurice » s’étouffe dans le fond de ma gorge. Je suis subjugué, submergé, je suffoque…il est rendu au milieu de la première volée…il a hésité…m’a-t-il entendu?…Je commence à agiter les bras de façon incohérente.

Il arrive sur le palier, il s’arrête et se retourne…nos regards se croisent …et c’est le cri du cœur

            « Maurice! »  que je lui lance à plein poumons. Et l’éclat de ma voix se répercute en écho aux quatre coins de la station…

Le temps s’arrête, le lieu s’est transformé. Je me revois dans les années quarante et cinquante alors que j’accompagnais mon père aux parties de hockey du samedi soir au Forum de Montréal. C’est la magie de la foule en délire qui ovationne mon idole Maurice Richard qui vient de compter un autre but spectaculaire…ses yeux crachent le feu, un sourire de victoire fend son visage, il pirouette sur lui-même, les autres joueurs l’entourent, le toit du Forum va lever…

Quel bonheur!…Qu’elle exaltation!…

Dans le métro, le silence s’empare de la foule. On me regarde avec curiosité. Trois types qui disent s’appeler Maurice me demandent ce que je leur veux! Est-ce que je serais en train de faire un fou de moi? – Qu’ils aillent donc tous au diable!

Je regarde Maurice. Il me regarde.

Avec insistance, je lui fait un signe, celui des deux poings fermés avec les pouces pointant le ciel. Il a compris. Il m’a compris. Le courant a passé. Il lève son chapeau, sourit, me salue, se recouvre, pivote sur lui-même et continue son chemin.

Quelle humilité!… Quelle grandeur!

Je reste là à le regarder descendre et s’éloigner…jusqu’à ce qu’il disparaisse, en bas, dans le corridor…

Monsieur Hockey!

Alors seulement, à regret, après un dernier regard, je me retourne et reprend ma place,  anonyme dans la foule!…comme Maurice!

par Paul Beaulieu

Dédié à Pierre Leblanc

Avril 1997

La découverte : je suis petit.

Par Paul Beaulieu

Place des aînés – le 26 mars 1998

A la fin des années trente, à Montréal, existaient des cliniques médicales de quartier appelées « Goutte de lait ». Elles étaient administrées par le gouvernement.

C’est là que tous les enfants recevaient leurs vaccins contre les maladies infantiles.

La première fois que ma mère m’a amené à notre « Goutte de lait », au 5456-5 ième ave., elle a posé une question à la « garde-malade ». Je n’ai pas fait attention à la question mais j’ai bien entendu la réponse. La garde a dit en riant : « Il y en a qui sont délicat comme ça! » en me pinçant une joue. « Aïe! Ça fait mal! »

La fois suivante, quand j’y suis retourné et que ma mère a encore posé une question à la garde, je me suis caché derrière ma mère. Je suis certain qu’elle m’aurait encore pincé la joue parce qu’elle a donné la même réponse en riant : « Il y en a qui sont délicat comme ça!…Gne! Gne! Gne! » 

 

Quelques temps plus tard, probablement sur le conseil de cette garde, mon père prend une journée de congé et m’amène dans une grosse clinique sur la rue Mont-Royal, près de la rue Saint-Denis. Après une batterie d’examens, un docteur en sarrau blanc me fait asseoir dans le corridor en me disant:  «Attends-nous ici mon beau petit bonhomme, je vais parler à ton papa.»

C’est ça! Avec la garde je suis « délicat », avec le docteur je suis un « petit bonhomme ». Heureusement qu’il a dit « beau »…

Je les vois tous les deux au bout du corridor, mon père écoute en me regardant, le docteur lui parle en gesticulant, mimant « petit-grand-gros-maigre » et il sourit. À la fin, pendant que mon père revient vers moi, le docteur, qui est resté au bout du corridor lui lance : «…inquiétez-vous pas! »

Je le savais! On s’inquiète pour moi! Mon papa s’inquiète pour moi! Ma maman s’inquiète pour moi! Est-ce que je devrais m’inquiéter moi-même pour moi? Ça faisait une semaine que ma mère me disait que j’allais faire un beau tour de tramway avec papa, pour me préparer, je le réalise aujourd’hui.

Ce n’est pas parce que je suis petit que je ne comprends pas. Je comprends tout mais je ne dis rien! De toute manière, quand un petit dit quelque chose, les grands n’écoutent pas!

Donc, je ne dis rien! Mais je comprends tout!

Et, aujourd’hui, en sortant de la clinique, je comprends que je ne dois pas m’inquiéter pour moi-même parce que papa nous a acheté chacun un gros cornet de crème glacée à quatre boules, chez Oscar…« Miam! Miam! »

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Ludger Duvernay est le fondateur de la Société Saint-Jean Baptiste.

C’était aussi le nom de l’école primaire que j’ai fréquentée de trente-neuf à quarante-huit. Elle est située sur la rue Laurier est, au XXXX, en face de la huitième avenue.

Mademoiselle Messier était le nom de ma maîtresse d’école en première année. Elle était belle et gentille! Elle était même la plus belle et la plus gentille de toute l’école.

On dit qu’il arrive souvent que les enfants tombent en amour avec leur maîtresse d’école. Dans mon cas c’était peut-être vrai. Mais il était aussi vrai que ma maîtresse était tombée en amour avec moi. Et elle ne s’en cachait pas. C’était au vu et au su de tout le monde qu’elle me le manifestait avec enthousiasme. Devant tous les élèves de la classe réunis avec ceux de l’autre première année, qui partageaient notre vestiaire, elle me prenait dans ses bras! C’était un peu gênant. Elle me disait que j’étais beau, que j’étais fin, et elle m’embrassait sur les deux joues. Ou bien elle m’attirait vers elle et me serrait sur…sur…

« Sur son cœur »  que maman m’a expliqué, quand je lui ai montré où elle appuyait ma tête, «…tu sais maman, comme tu fais toi aussi, juste là, entre tes deux bras, dans le mou, où il fait chaud et qu’on est bien! Ça j’aime ça! »

L’autre maîtresse disait que j’avais l’air d’une belle petite poupée!

Cependant, dans la cour de l’école et dans la rue, certains garçons jaloux me criaient :

«…le chouchou de la maîtresse! Ah! Ah!… » Ça je n’aimais pas ça!

Il y a autre chose que je n’aimais pas : on m’avait appelé « délicat » à la « Goutte de lait »

« petit bonhomme » chez le docteur et « petite poupée » dans le vestiaire.

Je savais que j’étais petit et ça ne me dérangeait pas…avant!

Maintenant, je commençais à y penser…

Pourtant, ma mère, ma maîtresse et d’autres grandes personnes m’aimaient justement parce que j’étais petit...Alors je me laissais bercer par tout cet amour et j’oubliais le reste.

Il y en avait une, pourtant, que je n’oubliais pas. C’était « l’Assistante ».

Quand Mlle Messier avait attiré son attention sur moi en lui disant : « C’est lui le beau petit Paul! », elle s’était penchée pour me dire : « Ton institutrice me dit que tu fais des beaux « l »… (Maman m’avait fait pratiquer tout l’été sur le tableau jouet en ardoise quand Pierre ne s’en servait pas.)  «…il est vrai aussi que tu est beau! » En disant cela, elle me pince la joue! »

Ça fait mal! Celle-là, il va falloir que j’apprenne à l’éviter.

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La première année à l’école c’est aussi le premier examen médical scolaire. Après la

« Goutte de lait » et la grosse clinique, qu’est-ce qu’on me voulait?

Dans le dispensaire de l’école, avec la garde-malade il y a un grand monsieur. Il me regarde entrer. En souriant il me dit : « Viens ici mon beau petit bonhomme! »…

Je suis certain que c’est un docteur, il m’a appelé « petit bonhomme »; mais il n’a pas de sarrau…on n’est pas dans la grosse clinique…tous les docteurs vont-ils m’appeler « beau petit bonhomme? »

Après avoir examiné mes dents, mes yeux, mes oreilles, il prend son « testoscope » pour tester mon cœur (à force de voir des docteurs on apprend ).

Il pose le gros rond noir sur ma chemise…écoute…fait une face à la garde et dit :

« J’entends rien!»…il déboutonne ma chemise, pose le rond sur ma peau, « aïe c’est froid! »…il écoute…fait une grimace et répète : « j’entends rien! »…

Bon! Ça y est! Je suis tombé sur un docteur sourd!

L’instant d’après, il se penche, me regarde dans les yeux et me dit : « Veux-tu faire un beau tour d’avion? »…

En disant cela, il met ses deux grosses mains autour de ma petite taille, me soulève dans les airs et « Vroum! Vroum! me fait faire trois-quatre pirouettes au-dessus de sa tête, me dépose debout sur le pupitre de la garde et colle son « testoscope » sur ma peau…

« Ah! Ha! Je le savais qu’il en avait un! » fait-il en riant.

Niaiseux! S’il me l’avait demandé, je lui aurais dit que j’en ai un! Je l’entends souvent quand je fais des courses dans la cour de l’école! Ce n’est pas parce que je suis petit et que mon cœur est petit qu’il ne bat pas!

Mai si je le lui avais dit, simplement parce que je suis petit, il ne m’aurait pas écouté. Quand les petits parlent, les grands n’écoutent pas.

Pendant que je retourne vers ma classe. Je pense : «…j’entends rien! J’entends rien!…»

Je commençais à m’inquiéter…le docteur aussi…Quand il a dit : « Ah! Ha! Je le savais..» ça m’a rassuré…le docteur aussi…Il était quand même bien ce docteur. Surtout que je pense être le seul à qui il a fait faire un beau tour d’avion!…Ouais! Quand je serai grand, je pourrais faire un pilote d’avion…j’avais dit un pompier…mais…un docteur peut-être?

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Bon! Essayons de ne plus parler de ma petite taille.

Tous les enfants sont dispersés ça et là dans la cour de l’école.

Ça marche, ça court, ça chante, ça crie! Ça s’amuse!

Ici, on joue aux quatre coins à cinq. Là, on lance la balle sur le rebord en ciment du mur; quand la balle bondit sur le rebord, on compte dix points et quand on n’attrape pas le balle on passe au suivant.

Chez les filles, plusieurs institutrices arpentent le pavé accompagnées de leurs élèves.

Dans le fond de la cour, des équipes de balle molle, encouragées par leurs supporters, se disputent le championnat de l’école…

Il y a déjà quelques minutes que la sirène des Usines Angus a sifflé une heure.

Le « Principal », Rosaire Roger, sort sur le palier de l’entrée, côté garçon, tenant dans sa main droite, la cloche de l’école par le battant.

Il s’étire le bras gauche pour dégager sa montre-bracelet qu’il porte sur le côté intérieur de son poignet, la consulte. C’est l’heure! Exactement une heure et dix minutes!

Saisissant la cloche par la poignée, il l’agite énergiquement et la pointe dans toutes les directions pour en faire retentir l’appel dans tous les recoins de la cour.

Aussitôt, les cris et les éclats de voix s’éteignent. Tout n’est plus que chuchotement et bruits de pas précipités. Les élèves se mettent en rangs, deux de large, devant leur professeur.

Et…les rangs se prennent, je m’excuse, par ordre de grandeur, les petits en avant les grands en arrière. Et…où pensez-vous que j’étais dans les rangs? Je m’excuse encore, mais j’étais le premier! J’ai toujours été le premier! J’ai toujours été le premier parce que j’ai toujours été le plus petit! Pendant neuf ans!

Une année…en septembre, le professeur m’avait placé au troisième rang! WOW!

En octobre, il m’avait fait avancer au deuxième rang. NON!

En novembre, il m’avait replacé au premier rang! GRRRR!

Je veux bien faire l’effort e de ne plus parler de ma grandeur, mais la vie à l’école se chargeait constamment de me le rappeler.

Heureusement, j’avais une consolation : les premiers dans les rangs étaient aussi généralement les premiers de classe. On n’avait pas d’aptitudes physiques, alors on étudiait plus. Et ça paraissait! Un exemple?

Les grands avaient pris l’habitude de me crier : « Hé! Ti-cul! Débarrasse la place! »

                                   Moi je leur répondais : « Hé! Tite-bol de pancrace, dans ta crasse! »

Les deux premiers à qui je l’avais dit étaient trop orgueilleux pour me demander ce que je voulais dire. Ça m’a encouragé. Le troisième a dû comprendre,  il ne l’a pas pris et il m’a froissé la face! Ça m’a découragé! Mon intelligence est alors devenue plus prudente!

Vous allez me dire que vous le savez que je suis petit, que je vous l’ai assez dit?

Eh bien! Oui! Je suis petit et je vais vous le redire souvent! Je suis plus petit que les autres de mon âge et ça me dérange! Et ça va me déranger de plus en plus! Et je vais vous le redire de plus en plus souvent! Oui ça me dérange! Oui ça me dérange! Oui!

Ça me dérange parce que tout le monde me tape dessus!

Tout le monde me tape dessus parce que je suis trop petit pour me défendre. Quand on me tape dessus, je saigne du nez, mes lèvres coupent, j’ai des prunes et des bleus et ça fait mal! Et quand ça fait mal je pleure! Et quand je pleure tout le monde m’appelle le braillard! Je ne suis pas un braillard! Je pleure parce que j’ai mal! Je monte pleurer dans le tablier de maman. Ma mère sèche toujours mes larmes et tente de me rassurer en me disant : «…toi aussi tu vas grandir un jour. » Mais moi, ce n’est pas un jour que je veux grandir, c’est tout de suite!

C’est vrai qu’on veut toujours tout « tout de suite » quand on est petit. Et comme je suis plus petit que les autres, je veux encore plus tout « tout de suite ».

Vous dites que j’exagère?   Non!   Je n’exagère pas! C’est la pure vérité! Je suis plus petit que les autres et ça me donne un complexe d’infériorité! Ça me le donnera pendant toute mon enfance.

 Ah! Oui!   Il m’arrive souvent de dire à ma mère que je n’aime pas mon prénom « Paul » parce que tout le monde m’appelle « Ti-Paul! »   Elle réussit toujours à me consoler avec un petit coup de peigne dans les cheveux et un bécot sur chaque joue.

Moi,  ce qui me réconforte le plus, c’est que ma mère m’aime. Je le sais, elle me le dit… …souvent!

 

Paul Beaulieu

Mars 1998

La St Valentin

St Valentin et amour!  Amour et St Valentin!

St Valentin a toujours été associé à l’amour. Oui! Amour avec un grand A!

Un grand Amour!...Grand Amour!...Grand!...Grand comment?

On dit : « Je t’aime beaucoup!...Je t’aime énormément!...Je t’aime gros comme d’ici à

là-bas!...Je t’aime je t’aime je t’aime!...

Mais, je le répète, grand comment? Avez-vous déjà essayé de mesurer l’amour?

J’y ai déjà pensé. Mais l’amour n’a pas de dimension. C’est comme si j’essayais de mesurer la longueur d’un bâton pas de bout! Ou de voir au-delà de mon image reflétée à l’infini entre deux miroirs placés face à face!

L’amour n’a pas de dimension : pas de longueur, pas de largeur, pas de hauteur. Il n’a que de la profondeur. Profondeur insondable, comme les desseins de Dieu!

Je sais que l’amour ne peut se mesurer qu’en terme de sentiments, d’émotions, d’élan du cœur.

Je sais aussi que l’amour n’est pas intelligence, ni jugement, ni raison. Il est intelligence de l’Esprit, jugement de l’âme, raison des raisons.

Il fait vivre autant qu’il fait mourir :

La mère et le père qui accueillent l’enfant parce que « Nous nous aimons assez pour donner la vie! »...

Le parent aimant qui, pour ses enfants, oublie ses grands rêves parce que « Je suis prêt à donner ma vie pour ceux que j’aime! »...

Je  ne retiens pas l’amour qui part, parce que « Je t’aime plus que moi-même! »…

Les vieux époux qui se suivent dans la mort parce que « Je ne peux pas vivre sans toi! »...

Un curé m’a déjà demandé : « Supposons que ta blonde et toi vous ne savez pas nager. Un jour,  vous passez sur un pont et accidentellement ta blonde tombe dans la rivière. Vas-tu te jeter à l’eau pour la sauver?...N’oublie pas que tu ne sais pas nager! »

Il avait ajouté : « N’oublie pas aussi, qu’en amour pour de vrai, on doit être prêt à donner sa vie pour ceux qu’on aime!...Si tu ne sais pas quoi répondre, ça ne veut pas dire que tu n’est pas en amour pour de vrai. Ça veut juste dire que tu n’es pas prêt à répondre.

Mais, j’ai connu jadis, un gars à qui c’est arrivé. Il n’a pas sauté!

Le malheur qui le frappait, la cour du coroner, les questions insidieuses des enquêteurs, les journaux à sensations, combinés au fait qu’il n’avait pas sauté, tout concourut à lui donner un immense sentiment de culpabilité…Il a passé le reste de sa vie à pleurer, replié sur lui-même. Il a fait de nombreuses tentatives de suicide sans jamais réussir. Il n’arrivait pas à mourir. »

Quelle triste histoire à raconter le jour de la St Valentin!

C’est pourtant la preuve évidente que l’amour est affaire de sentiment et d’émotion.

Quand on dit : « Je t’aime! » on ne demande pas si c’est raisonnable ou intelligent.

On dit : « Je t’aime! » et le reste on s’en fout! Et il faut s’en foutre! Point.

C’est vrai! L’amour est amitié, tendresse, passion, folie, fougue, volupté, impétuosité.

Quand il tourne au raisonnable, il devient platonique, c’est-à-dire plate ou tonique. Personnellement, je préfère mes vitamines en d’autres temps et mes amours plus ardentes.

On parle de St Valentin. Valentin est un saint. Et il a été sanctifié justement parce qu’il bénissait les amoureux de son temps. Ça se passait au troisième siècle. Au premier siècle, un autre saint a beaucoup parlé d’amour. C’était St Paul. Il écrivait aussi beaucoup de lettres, et dans l’une d’elle (la première au Corinthiens) il disait à propos de l’amour :

« Je vais maintenant vous montrer le chemin qui est supérieur à tout.

Je pourrais parler les langues des hommes et des anges, mais si je n’ai pas l’amour, mes discours ne sont qu’un tambour qui résonne. Je pourrais posséder toute l’intelligence, toute la  connaissance et comprendre tous les secrets, mais si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Je pourrais distribuer toutes mes richesses et livrer mon corps pour être brûlé, mais si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien.

L’amour n’est pas envieux, n’est pas orgueilleux, n’est pas égoïste, ne se vante pas, n’a pas de rancune, ne se réjouit pas du mal. L’amour est patient, l’amour est bon, il supporte tout, endure tout, pardonne tout. L’amour est éternel. Il ne passera jamais. »

 

« L’amour est éternel! » Quand on dit « amour,  éternel » on parle de Dieu! Bien sûr! C’est Lui l’inventeur des deux. Je ne le crois pas, je le sais! Je le sens! Dans mes tripes! Je ne peux pas l’expliquer! Pas plus que je ne peux expliquer l’amour! Le pouvez-vous?

Je prie Dieu et St Valentin qu’ils bénissent nos amours.

 

Par Paul Beaulieu - Place des Aînés – février 2004

 

P.S.- J’écoutais, ce matin, à Radio Ville Marie, la psychologue Johanne De Montigny, qui parlait de l’accident d’avion à laquelle elle a survécu miraculeusement. Elle disait, à propos du pilote, qu’il avait donné sa vie pour sauver le plus grand nombre possible de passagers lors de l’atterrissage forcé. Elle ajoutait : « Si ce n’est pas ça l’amour je me demande ce que c’est! »

Elle continuait en parlant des infirmières qui couraient à côté de sa civière et des médecins qui tentaient des manœuvres désespérées pour lui sauver la vie, que « si ce n’est pas de l’amour qu’est-ce que c’est? »

Encore pendant sa longue convalescence, suite à de multiples chirurgies de reconstruction, alors qu’elle était psychologiquement démolie, le psychologue qui l’avait reçue avait pleuré avec elle, en entendant son histoire. Ce fut pour elle  une autre preuve d’amour et le point tournant de sa guérison.

Comme quoi l’amour peut prendre toutes sortes de formes.

Et St Valentin peut bien se manifester où il veut, comme il veut, quand il veut, avec qui il veut.

 


 

À ma Valentine

La vie sans amour ne serait pas la vie.

La vie sans toi ce serait

la vie sans amour.

C’est l’amour

Qui donne sens à la vie.

C’est toi Gisèle

Qui est mon amour,

C’est toi qui donnes sens à ma vie.

Je t’aime.

Bonne Saint-Valentin.

Paul

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Texte libre

Testament de Charlemagne.

Ce texte s'adresse à tous les amoureux des animaux.

Spécialement à ceux qui ont perdu un ami fidèle
et à tous ceux qui un jour ou l'autre savent qu'ils
devront se séparer de leur ami à 4 pattes.

À mon maître, à ma maîtresse :

Le fardeau de mes ans et de mes infirmités me pèse lourdement, et je sais ma fin prochaine. C'est pourquoi moi, Charlemagne, (communément appelé Charlot par mes parents, amis et connaissances), dépose en secret dans l'âme de mes deux grands amis, mon maître et ma maîtresse, mon testament.

J'ai peu de biens matériels à léguer. Les chiens sont plus sages que les hommes. Ils n'attachent pas grand prix aux choses de la terre. Je n'ai aucun bien précieux à transmettre, si ce n'est mon affection et ma fidélité. Je les lègue à tous ceux qui m'ont aimé; qui je le sais, me regretteront le plus, à mes maîtres qui ont été si bons pour moi. Peut-être ai-je tort de m'enorgueillir, mais j'ai toujours été un chien extrêmement affectueux.

Je demande à mes maîtres de toujours se souvenir de moi, mais de ne pas me pleurer trop longtemps. Au cours de mon existence, j'ai essayé de les réconforter dans la peine et de leur apporter un surcroît de joie dans le bonheur. Il m'est pénible de penser que, même dans la mort, je pourrais leur causer du chagrin. Je les prie de ne pas oublier qu'à leur tendresse et à leur sollicitude je dois d'avoir été le plus heureux des chiens.

Mais maintenant me voici devenu pratiquement aveugle, sourd et j'ai de très gros problèmes de dentition m'empêchant de manger; ainsi ma fierté a fait place à une humiliation qui me déroute. Je sens que la vie me reproche d'avoir trop longtemps prolongé la fête. Je dois faire mes adieux avant de devenir un poids insupportable pour moi et pour ceux qui m'ont donné leur affection. Il me sera douloureux de les quitter, mais pas de mourir.

Contrairement aux hommes les chiens ne redoutent pas la mort. Que se passe-t-il après? Nul ne le sait. En tout cas, je suis au moins sûr de trouver la paix et un long repos pour mon vieux cœur las, ma vieille tête, mes vieux membres ainsi qu'un sommeil éternel dans cette terre que j'ai tant aimée. Il est un dernier vœu que je formule en toute sincérité. J'ai entendu ma maîtresse, dire: "Quand Charlemagne mourra, nous n'aurons jamais plus de chien. Je l'aime tellement que je ne pourrai plus en aimer un autre." Maintenant pour l'amour de moi, je lui demande de revenir sur sa décision. Ce serait un bien piètre tribut à ma mémoire que de ne jamais plus avoir de chien. Je voudrais tant garder le sentiment que, maintenant que j'ai fait partie de la famille, il lui est désormais impossible de vivre sans la compagnie du meilleur ami de l'homme! Je n'ai jamais été exclusif ni jaloux. J'ai toujours soutenu que la plupart de mes congénères sont bons (même ma co-locataire, la chatte, à qui j'ai quelques fois autorisé à partager  mon lit avec moi. J'ai toléré son amitié dans un esprit de générosité et, dans mes rares moments de sentimentalité, je lui ai même rendu un peu la pareille).

Aussi je conseille à ma maîtresse de choisir un autre chien à son goût pour me succéder. Il pourra difficilement être aussi bien élevé, aussi poli, aussi distingué et aussi beau que je fus dans ma jeunesse. Mais, je suis sûr qu'il fera de son mieux et aussi que ses défauts inévitables contribueront, par contraste, à perpétuer mon souvenir. Je lui lègue mon collier, ma laisse, mon lit, ma gamelle et mon panier.

Un dernier mot à mes maîtres. Chaque fois que vous penserez à moi : dites-vous avec regret, mais aussi avec bonheur, en vous rappelant ma longue vie à vos côtés : "Charlemagne était un être qui nous aimait et que nous aimions." Si profond que soit mon sommeil, je vous entendrai, et tout le pouvoir de la mort n'empêchera pas mon âme de chien d'agiter la queue avec reconnaissance.

Charlemagne

Votre chien fidèle qui veillera toujours sur vous.

Adaptation française d'un texte écrit par le dramaturge américain Eugene O'Neil à la mort de son chien en 1940. Vous pouvez le trouver en librairie sous le titre "The Last Will and Testament of An Extremely Distinguished Dog".

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