La chaise

Chaises!  O! chaise, quelles fadaises, niaises foutaises n’ont été dites,

ne t’en déplaise, à ton endroit…et ton envers.

Chaise! Quel objet commun, ordinaire, banal, courant…

Tout le monde a une chaise; en fait tout le monde en possède plusieurs.

Personne ne pourrait vivre sans toi. Tu fais partie de la vie, cela a toujours été et sera toujours.

En fait, tous les inventeurs auraient aimé t’inventer. Mais personne ne l’a fait, tu as toujours été : Dieu créa Adam et la chaise fut. Et Adam s’assied pour songer à améliorer son modèle…de chaise!   Quand Ève arriva, ils s’assirent tous les deux pour se regarder…Et l’habitude s’est perpétuée jusqu’à nos jours.

À travers les âges, tu as été de tous les styles :

des cavernes  aux  tavernes, de l’âge de pierre  à  Louis XIV, ( XV, XVI, XVII, XVIII…), d’assyrien  à  gréco-romain,  moyen-âge,  renaissance,  queen-Anne,  Pompadour,  Napoléon,  baroque,  rococo,  victorien, colonial,  mission,  jésuite, 

Ensuite, art moderne,  art déco… banal,  chromé,  boudin,  bois rond,  pompier!

On t’a affublée de tous les qualificatifs :

artistique,  comique,  antique, romantique, rustique…électrique!

Tu sers à tout :

Sur toi on parle, mange, discute, travaille, on s’y pose,  dépose,  dispose,  repose,  prend sa dose,  dort, on s’y love,  on y fait même l’amour! On arrive parfois à y mourir!

Tu es de tous les usages :

De patio,  de jardin,  de plage,  de terrasse, de cuisine,  de bureau,  de balcon…de secrétaire!

Tu as adopté toutes les formes :

Ergonomique,  décorative,  ancienne, droite,  longue,  haute,  basse,  capitaine, pliante,  roulante,  berçante,  balançante, rembourrée,  coussinée,  paillée,  cannée,  babichée, à porteur,  celle qu’on selle!

Que dire de tes cousins et cousines :

Le banc, la banquette, la bergère, le siège, le fauteuil,  le canapé,  la causeuse, le trône, le divan,  le love-seat,  le cosy,  le récamier, la couche,  la couette,  le crapaud,  le futon, le hamac,  le transatlantique,  la balançoire, le tabouret,  l’ottoman,  le pouf,  l’escabelle, le palanquin,  le strapontin,  le spider, l’entre-deux, le siège de toilette…le siège social, le siège de la maladie…le bain de siège!

 

Pour dominer un vis-à-vis :l’asseoir sur une chaise plus basse! Pour t’en débarrasser rapidement :lui offrir une chaise vernis, cirée, glissante, dont le siège penche vers l’avant ( après avoir coupé cinquante millimètres sur les deux pattes avants ). Ou l’asseoir sur une chaise trop haute, que les pieds ne lui touche pas à terre, il va engourdir. Ou l’asseoir sur une chaise trop basse, qu’il se retrouve le nez sur les genoux. Ou l’asseoir sur un banc sans dossier, qu’il se retrouve le dos courbé, sans support.

On assoit les petits enfants sur des chaises hautes, les grandes personnes s’assoient sur des chaises plus basses…les deux arrivent quand même à tomber en bas de leur chaise!

Quand on vous dit : « Prenez un siège », ne partez pas avec!

Il y en a qui s’assoient entre deux chaises!

Quelqu’un a déjà dit : « Permettez de satisfaire l’envie qu’a ce siège de vous embrasser!

Si vous en connaissez d’autres, assoyez-vous et couchez-les sur papier.

Trêve de balivernes! On pourrait ergoter encore longtemps sur toi « chaise ».

Mais dans le  fond,  que  font les  fonds de chaises?

Essentiellement, l’homme et la femme s’en servent…

Lui, pour y déposer son fond de culotte…

Elle, son « sein-siège! »

Merci de m’avoir écouté ( lu ) chère  « assis…stance! »

Par Paul Beaulieu

Place des ainés

Octobre 1995 

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Auteur(e)s

Texte libre

Testament de Charlemagne.

Ce texte s'adresse à tous les amoureux des animaux.

Spécialement à ceux qui ont perdu un ami fidèle
et à tous ceux qui un jour ou l'autre savent qu'ils
devront se séparer de leur ami à 4 pattes.

À mon maître, à ma maîtresse :

Le fardeau de mes ans et de mes infirmités me pèse lourdement, et je sais ma fin prochaine. C'est pourquoi moi, Charlemagne, (communément appelé Charlot par mes parents, amis et connaissances), dépose en secret dans l'âme de mes deux grands amis, mon maître et ma maîtresse, mon testament.

J'ai peu de biens matériels à léguer. Les chiens sont plus sages que les hommes. Ils n'attachent pas grand prix aux choses de la terre. Je n'ai aucun bien précieux à transmettre, si ce n'est mon affection et ma fidélité. Je les lègue à tous ceux qui m'ont aimé; qui je le sais, me regretteront le plus, à mes maîtres qui ont été si bons pour moi. Peut-être ai-je tort de m'enorgueillir, mais j'ai toujours été un chien extrêmement affectueux.

Je demande à mes maîtres de toujours se souvenir de moi, mais de ne pas me pleurer trop longtemps. Au cours de mon existence, j'ai essayé de les réconforter dans la peine et de leur apporter un surcroît de joie dans le bonheur. Il m'est pénible de penser que, même dans la mort, je pourrais leur causer du chagrin. Je les prie de ne pas oublier qu'à leur tendresse et à leur sollicitude je dois d'avoir été le plus heureux des chiens.

Mais maintenant me voici devenu pratiquement aveugle, sourd et j'ai de très gros problèmes de dentition m'empêchant de manger; ainsi ma fierté a fait place à une humiliation qui me déroute. Je sens que la vie me reproche d'avoir trop longtemps prolongé la fête. Je dois faire mes adieux avant de devenir un poids insupportable pour moi et pour ceux qui m'ont donné leur affection. Il me sera douloureux de les quitter, mais pas de mourir.

Contrairement aux hommes les chiens ne redoutent pas la mort. Que se passe-t-il après? Nul ne le sait. En tout cas, je suis au moins sûr de trouver la paix et un long repos pour mon vieux cœur las, ma vieille tête, mes vieux membres ainsi qu'un sommeil éternel dans cette terre que j'ai tant aimée. Il est un dernier vœu que je formule en toute sincérité. J'ai entendu ma maîtresse, dire: "Quand Charlemagne mourra, nous n'aurons jamais plus de chien. Je l'aime tellement que je ne pourrai plus en aimer un autre." Maintenant pour l'amour de moi, je lui demande de revenir sur sa décision. Ce serait un bien piètre tribut à ma mémoire que de ne jamais plus avoir de chien. Je voudrais tant garder le sentiment que, maintenant que j'ai fait partie de la famille, il lui est désormais impossible de vivre sans la compagnie du meilleur ami de l'homme! Je n'ai jamais été exclusif ni jaloux. J'ai toujours soutenu que la plupart de mes congénères sont bons (même ma co-locataire, la chatte, à qui j'ai quelques fois autorisé à partager  mon lit avec moi. J'ai toléré son amitié dans un esprit de générosité et, dans mes rares moments de sentimentalité, je lui ai même rendu un peu la pareille).

Aussi je conseille à ma maîtresse de choisir un autre chien à son goût pour me succéder. Il pourra difficilement être aussi bien élevé, aussi poli, aussi distingué et aussi beau que je fus dans ma jeunesse. Mais, je suis sûr qu'il fera de son mieux et aussi que ses défauts inévitables contribueront, par contraste, à perpétuer mon souvenir. Je lui lègue mon collier, ma laisse, mon lit, ma gamelle et mon panier.

Un dernier mot à mes maîtres. Chaque fois que vous penserez à moi : dites-vous avec regret, mais aussi avec bonheur, en vous rappelant ma longue vie à vos côtés : "Charlemagne était un être qui nous aimait et que nous aimions." Si profond que soit mon sommeil, je vous entendrai, et tout le pouvoir de la mort n'empêchera pas mon âme de chien d'agiter la queue avec reconnaissance.

Charlemagne

Votre chien fidèle qui veillera toujours sur vous.

Adaptation française d'un texte écrit par le dramaturge américain Eugene O'Neil à la mort de son chien en 1940. Vous pouvez le trouver en librairie sous le titre "The Last Will and Testament of An Extremely Distinguished Dog".

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